Hommes 2.0·Les Chroniques d'un nounours 2.0

Jonathan, Un Homme 2.0

Comme d’habitude, enfin comme chaque mois, nous retrouvons le témoignage d’un homme 2.0. Peut être qu’à force de recueillir et lire tous ces témoignages, nous pourrons un jour mieux vous comprendre. Vous les hommes, vous venez vraiment de Mars !!! Aujourd’hui, c’est Jonathan qui a bien voulu prendre du temps pour répondre à mes questions. J, 35 ans, est dans une relation de « sexfriend » depuis 6 mois. D’ailleurs si j’ai bien compris, ce n’est pas si simple que ça…

Elle : elle a des sentiments pour lui mais elle a une peur panique de l’engagement et elle ne veut pas considérer qu’ils en couple officiellement.

Lui : ils s’entendent bien mais après ces quelques mois passés à se fréquenter il ne se voit pas ensemble, ils sont  vraiment trop différents…

Bon concentrons sur sur ce cher J. J. pourrait être considéré comme un « dinosaure » des sites de rencontres.  Il a commencé à les utiliser au début des années 2000 (vers 2004). Il venait d’arriver sur Paris et ne connaissais personne : « N’étant pas un grand fan des bars et autres lieux où on s’alcoolise dans la promiscuité et le bruit, j’ai cherché un autre moyen de rencontrer des gens sans pour autant devoir dépenser des fortunes dans des adhésions à des associations culturelles ou sportives. Les sites de dialogue en direct et de rencontres m’ont paru une bonne solution pour remédier à tout ça ! ». Il a démarré sur Caramail à l’époque, ainsi que Spraydate qui fut racheté par Lycos quelques mois plus tard, rebaptisé Love@Lycos et finalement il a fini par disparaître. 

Depuis, les sites et applis de rencontres se sont multiplier… Parmi la multitude de sites, il a une préférence pour OKCupid. D’abord parce que pour une fois c’est un site gratuit pour tous, et ensuite parce que le site est plutôt bien fait et « à l’écoute de notre société moderne » : « On y trouve la possibilité de choisir quasiment n’importe quelle identité sexuelle et n’importe quelle orientation, on ne se trouve pas limité au concept cisgenré qu’on retrouve sur quasiment tous les autres, et ça amène à être ouvert d’esprit pour s’y inscrire et surtout pour y rester ! J’ai beau être hétéro, je n’aime pas me sentir limité. Le seul souci c’est qu’il est en anglais, très international et que donc quand on habite dans des petites villes on risque fort de ne pas trouver grand monde, mais c’est un défaut commun à pas mal de sites de rencontres, finalement. »

Grâce aux différents sites, il a pu y trouver des amis, des ex, des connaissances éphémères etc…

En voici une :

« C’est l’histoire d’une naissance. D’une rencontre. Cette fille, je lui ai parlé. Longuement, des heures durant, séparée d’elle par mon écran. J’ai entendu sa voix aussi. Et puis un jour, on décide de se rencontrer pour de vrai, de voir si la petite alchimie qui s’impose à nous va continuer à grandir. On angoisse tous les deux, on a peur d’être déçus, de s’apercevoir que les promesses qu’on s’était faites sans se le dire ne pouvaient pas être tenues. On se dit qu’on verra bien, qu’on avisera le moment venu, qu’au pire on aura gagné une amitié. Mais on sait tous les deux qu’on en attend plus. Qu’on a envie de partager d’autres choses, de laisser se développer cette relation et de vivre une belle histoire.

Le jour J, on en devient maniaque, on craint d’oublier quelque chose, de paraitre idiot, moches, un tas de choses irrationnelles nous traversent l’esprit… On vérifie nos fringues, on se regarde dans le miroir à chaque fois qu’on passe devant, on veut faire bonne impression, on veut plaire.

« Bon sang, pourquoi elle me choisirait, pourquoi elle voudrait de moi ? Je suis tellement banal et elle si bien, trop bien, je ne la mérite pas, elle mérite mieux… »

Oui mais voilà, cette fille a accepté de me rencontrer moi, m’a parlé à moi pendant des heures, s’est confié à moi, m’a demandé des conseils, a voulu que je la rassure alors qu’elle ne me connaît pas, et toutes ces choses c’est avec moi qu’elle a voulu les partager alors pourquoi je suis si nerveux ? Elle ne va pas rire en me voyant, ou faire la grimace, tomber dans les pommes ou s’enfuir en courant, c’est avec moi qu’elle veut passer cette journée ! Et c’est avec elle que j’ai envie d’être parce que c’est une fille géniale et qu’elle me plaît !

On a rendez-vous dans deux heures mais je suis déjà prêt à partir, j’ai décidé d’arriver en avance, de prévoir de la marge au cas où il y aurait des soucis dans les transports, et je sais déjà que je serais prêt à l’attendre 45mn s’il le faut parce qu’elle aura pu avoir des soucis de son côté et arriver en retard, ça ne fait rien, je suis patient.

Le trajet s’éternise, c’est un enfer, j’ai chaud, je transpire, j’ai hâte d’arriver et en même temps mes doutes m’assaillent encore mais il est trop tard pour faire demi-tour, maintenant que j’en suis là autant aller jusqu’au bout, je n’ai plus rien à perdre et tout à y gagner… Enfin j’arrive, plus que quelques pas et… Elle est déjà là, encore plus en avance que moi ! Je marque un temps d’arrêt, je la vois regarder autour d’elle, scrutant les visages pour y apercevoir le mien. Elle est encore plus belle que je ne l’imaginais, je n’ose rompre l’instant, préférant  graver en moi son image, son expression à la fois tendue et impatiente. Une poignée de secondes qui me paraissent ne jamais se finir et puis je prends mon courage à deux mains et je m’avance vers elle.

Son regard croise enfin le mien, et elle sourit, et je souris aussi, bêtement, parce que le sien m’illumine, me remplit de joie et de beauté. Je m’arrête en face d’elle, la gorge serrée, et lui dis bonjour, d’une voix un peu tremblante, envahie par l’émotion, mais je tente tout de même de me contenir et de garder un semblant de virilité, au moins pour ce moment là ! J’entends de nouveau sa voix à elle, légère à mon oreille, pleine d’une assurance que je n’ai pas. On se fait la bise, on se dit bonjour, est-ce qu’on a pas trop galéré pour venir ? Et tu n’as pas attendu trop longtemps ? Aucun de nous deux ne fait de remarques sur le fait qu’on a tous les deux une bonne vingtaine de minutes d’avance.

On se pose quelque part, un bar, un salon de thé, peu importe, je ne vois qu’elle, je n’entends qu’elle, son sourire me réchauffe et me fascine, son regard me captive, je bois ses paroles, je tente de suivre sa conversation et de rebondir comme je le faisais sur mon ordinateur, tout paraissait si facile ! Là c’est pour de vrai, pas le temps de réfléchir, et puis elle me plait de plus en plus. Pour le coup le temps passe vite, voilà déjà une heure qu’on est ensemble et j’ai l’impression qu’on vient d’arriver !
Tiens, sa main est dans la mienne, quand est-ce que c’est arrivé ? Et puis c’est bizarre, je pensais qu’on parlait à bâton rompu mais en fait on ne fait que se regarder depuis un moment déjà mais tant de choses passent dans nos regards (tu te reconnaîtras si tu me lis) que les paroles sont vaines.

On finit par repartir, besoin de marcher ensemble, nous tenant toujours la main comme si on l’avait toujours fait. Je me sens bien avec elle, j’ai le cœur léger, la magie est là, les promesses sont tenues jusqu’ici, je suis où j’ai envie d’être avec qui je veux être, tout est bien. On se promène sans but précis, juste pour profiter l’un de l’autre, de cette présence apaisante et vibrante qui nous accompagne. On se pose ça et là, on se parle de tout et de rien, on rit ensemble, on se sourit, on rougit un peu, on sent qu’on est prêts mais on ose pas encore, pas maintenant, pas de précipitations, et puis c’est trop beau…  

Vient le moment de se quitter, on prolonge autant qu’on peut, et on se fait face, de plus en plus proches. Elle se blottit contre moi et mon cœur bat à tout rompre. Elle me le dit et je lui réponds que c’est elle qui le fait battre comme ça. Ça sort tout seul mais c’est la vérité nue. C’est maladroit, je m’attends à une blague mais elle relève la tête vers moi en souriant et ses yeux me demandent ce que j’attends. Les miens se remplissent de tendresse et lui disent que j’en ai envie aussi. Son regard se brouille, elle se rapproche, mes lèvres se posent sur les siennes, douces, et si le contact est léger, une tempête se déclenche dans ma tête, un tourbillon d’émotions brutes qui me font flageoler  les jambes comme si elles étaient faites de coton.

Je la reprends dans mes bras, le souffle court, épuisé comme si j’avais couru un marathon, mais heureux de ce moment et de ceux à venir par anticipation. On se quitte enfin, déjà, pressés de se revoir, accrochant un dernier sourire et un dernier baiser sur nos bouches. Je la raccompagne autant que je peux puis je repars, rêveur et à moitié absent, absorbé par les souvenirs de cette journée avec elle…

Ce genre de moments, par endroits décrits tels quels, à d’autres mélangés, c’est ça mon rêve, celui que je veux revivre et que j’ai déjà vécu, sous cette forme ou sous une autre. Je veux y croire. Croire que c’est encore possible, que ça n’appartient pas qu’au passé. Mon présent est solitaire mais je veux que mon avenir se dessine avec Elle, que je connais déjà ou pas encore. »

Chères lectrices, accrochez vous, J. est très très bavard … Mais c’est une bonne chose, peut être pourrons nous mieux comprendre certains points de vues masculins.

Je demande systématiquement aux gens que j’interroge, si selon eux les rencontres 2.0 changent nos codes de rencontres. Il en ressort souvent qu’un seul mot : « consommation ». Ce cher J, a bien plus de choses à raconter :

« Pour commencer, tout ce que je vais dire ici n’engage que moi, et quand je fais des généralités je sais pertinemment que tout le monde n’est pas comme je le décris, donc pas de confusion, c’est juste une impression personnelle et je suis tout à fait prêt à croire que ça pourrait être différent, je l’ai déjà constaté par le passé.

Je ne sais pas vraiment si ça a changé les choses en profondeur parce qu’avant l’explosion d’Internet je n’étais pas du genre à aller draguer en boite ou dans les bars, et ma vie sentimentale pendant ma scolarité a  démarré quand j’avais 17 ans. De fait j’ai toujours été très timide et assez nul pour tout ce qui est des jeux de séduction, parce que j’ai l’impression qu’on essaye toujours de se faire passer pour mieux que ce qu’on est, de vouloir se mettre à son avantage pour « vendre du rêve », or une fois que la période de lune de miel est passée dans une relation amoureuse, c’est là qu’on commence à se rendre compte que les choses ne sont pas aussi belles que  ce qu’on pensait.

Ce que j’ai pu constater avec toutes mes aventures virtuelles qui se sont concrétisées (ou pas), c’est qu’on se retrouve devant de grosses inégalités dans nos chances dès la création de nos fiches.

D’une manière générale, on peut séparer les choses en deux parties, côté femme et côté homme :

Côté femme :

  • points positifs : les sites sont gratuits, en mode illimité. Du choix à la pelle, exponentiellement avec la beauté physique, jamais un temps mort, toujours quelqu’un à qui parler, rarement contre le principe de faire une rencontre.
  • Points négatifs : faut faire du tri, beaucoup, parce qu’un sacré paquet de boulets et de pervers qui ne savent pas comprendre qu’on leur dise non et qui n’acceptent pas d’être éconduits sous prétexte qu’ils ont payé et que ça leur donne des droits. Tout a tendance à être répétitif parce que beaucoup, beaucoup de sollicitations et pas beaucoup d’originalité dans les approches !

Côté homme :

  • points positifs : pour des timides comme moi, c’est idéal, ça limite vraiment l’angoisse des premiers mots, on sent que le physique joue mais que comme ce sont les mots que l’autre voit on peut être plus « décisif », on peut prendre le temps de les choisir.
  • points négatifs : on paye, pour visiter les fiches, pour voir les photos, pour envoyer un charme, un message, pour tout, et ce sans aucune garantie d’avoir une  réponse. On se retrouve à devoir rivaliser avec le paquet de boulets sus-nommé et prouver à la personne en face qu’on en est pas un, quand on a la chance de pouvoir le faire. Et passé 30 ans, c’est comme si la date limite de consommation était dépassée, on se retrouve d’un seul coup avec de moins en moins de profils intéressants et de moins en moins de personnes qui répondent. Et plus on avance en âge, pire c’est ! Sauf, évidemment, si on a le physique d’un Christiano, Leonardo ou Brad…

Le concept même d’Adopte Un Mec montre bien ce qu’est devenue la drague 2.0, un endroit où les gens sont jetables, où la politesse et le respect sont devenus optionnels ainsi que la grammaire et l’orthographe, tout est dans l’image du « produit » et si on recherche une relation qui sort des clous, qui n’entre pas dans les cases à remplir de ces sites, tant pis. Pour autant tout n’est pas à jeter, j’ai eu de très belles surprises et j’espère en avoir d’autres ! Mais j’avoue que par moments, je me sens un peu dépassé par ce culte de l’image et de la superficialité parce que je ne m’y reconnais pas, préférant les personnes vraies. »

Pour finir avec ce témoignage plus qu’intéressant, place à une autre histoire, enfin plusieurs autres,  de cher Jonathan :

« C’est difficile de faire un choix entre toutes ! Il y a eu A. rencontrée par Adopte, qui cherchait absolument à perdre sa virginité et que j’ai convaincu qu’il valait mieux attendre de tomber sur une personne avec qui elle avait vraiment envie de le faire, qu’elle comprenne l’importance que ça aurait sur sa vie en tant que femme, et avec qui je suis resté deux ans.

M. que Adopte encore m’a permis de rencontrer et avec qui j’ai tout vécu, du plus beau au pire, mais qui est une de mes amies les plus chères encore 8 ans plus tard.

A. qui est depuis que je la connais ma meilleure amie, même si on s’est vus seulement 5 ou 6 fois en dix ans à cause de la distance (mais elle a fait le déplacement pour mon 35ème anniversaire il y a trois mois ^^).

C. qui est une des plus belles personnes que je connaisse, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, et puis la dernière en date.

Une autre A., bien plus jeune que moi mais avec qui j’ai partagé quelque chose de très fort très vite et dont j’attends avec impatience son retour de l’étranger quand elle aura fini son année en Erasmus.

Il y a eu des brunes, des rousses, des blondes, des grandes, des petites, des minces, des rondes, mais chacune d’entre elles a été une expérience unique à mes yeux, jamais je ne me suis servi de ces sites pour collectionner des trophées, et je m’estime chanceux d’avoir fait autant de belles rencontres !

Certaines se sont mal terminées et je n’ai plus de contact avec elles et pour d’autres ce sont de grandes et belles amitiés qui en ont résulté.

Internet, les sites de rencontres sont des outils, et ce qu’on en fait c’est nous qui le décidons, alors autant que ça en vaille la peine !!! »

Alors chers lecteurs, qu’en avez vous pensé ? Plus qu’enrichissant ce RDV… Cher J, si un jour tu as envie d’écrire un article avec un point de vue masculin tu es le bienvenu (je suis sûre, les filles, que vous avez envie de le relire)

Messieurs si vous aussi vous avez envie de partager vos expériences 2.0, envoyez moi un petit mail (llylypuce@gmail.com)

un homme 2.0

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4 commentaires sur “Jonathan, Un Homme 2.0

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